Les grenades d’argile d’Ingolstadt

Magazine du Musée de la ville

Un dépôt de plusieurs centaines de grenades a été extrait derrière le Nouveau Château d’Ingolstadt lors de la construction d’un parking souterrain en 1983. Les autorités de protection du patrimoine ont été prévenues tardivement. Partiellement détruites, les trouvailles n’ont pas fait objet d’une documentation exacte. Les grenades se trouvaient dans un fossé comblé devant le bastion du Feldkircher-Tor cédé en 1800. On peut supposer un dépôt des grenades avant l’an 1723 en raison de l’histoire architecturale du lieu de fouille. La définition plus précise de la date n’est actuellement pas possible, mais leur acquisition dans le cadre des sièges de la forteresse d’Ingolstadt en 1546, 1632 ou 1704 semble plausible.

 

Huit obus céramique d'IngolstadtEnviron 540 grenades et un nombre inconnu de grenades fragmentées ont été inventarisées dont 214 grenades et 32 fragments ont pu être analysées jusqu’à présent. Les boules creuses ont un diamètre extérieur de 105 à 167 mm (moyenne 135 mm, écart type 13,9 mm), un poids de 1275 à 4474 g (moyenne 2562 g, écart type 696,5 g) et leurs coquilles ont une épaisseur de 30 à 65 mm. Les grenades sont constituées d’argiles gris à rouge de qualités et compositions différentes. Certaines ont été fabriquées sur un tour de potier, d’autres à la main sans tour. La cuisson oxydante de la majorité des pièces s’approche de la cuisson dure de briques. Certaines pièces ont des surfaces vitrifiées. Les finitions varient entre un traitement grossier et un fin lissage. Le volume des chambres à poudre noir fait de 22 à 298 ccm (moyenne 96 ccm, écart type 42,1 ccm), ce qui correspond à un chargement d’environ 137 g de poudre noir. Environ 20 % des grenades trouvées contiennent des restes de poudre sous forme d’une masse friable très fine de couleur anthracite. Les lumières ont un diamètre de 20 à 45 mm (moyenne 28 mm, écart type 3,5 mm). Des morceaux de bois tronconiques servaient de retardateur de détonation. Ils avaient une longueur de 40 à 80 mm, avec un perçage dans l’axe longitudinal de 5 à 9 mm, ils étaient remplis d’un mélange de poudre brûlant lentement dont des restes ont été trouvés dans les canaux de certains détonateurs. 179 des 214 grenades analysées portent des marquages estampillés ou gravés. Les once motifs identifiés jusqu’à présent représentent très probablement des marques de potier ou d’atelier. Mêmes les grenades d’une même marque d’atelier montrent des grandes variations de qualité. L’existence de différentes marques en lien avec les énormes divergences de qualité et de forme suggère la fabrication dans différents ateliers ainsi que des instructions vagues ou une grande tolérance des donneurs d’ordre. On peut également imaginer une fabrication sous courts délais dans des situations d’urgence car même des grenades à cuisson ratée ont été retrouvées avec des restes de chargement.

Les grenades d’argile d’Ingolstadt sont la découverte la plus importante de grenades céramiques de l’époque moderne en Europe sinon au monde. Elles se distinguent de toutes les découvertes comparables en raison de leur nombre, de la diversité de formes et de tailles, des différentes qualités de fabrication et des marques de potiers.

(Statut 02/2018)

 

Références

  • Andreas Franzkowiak, Chris Wenzel: Explosives aus der Tiefgarage - Ein außergewöhnlicher Keramikgranatenfund aus Ingolstadt. In: Sammelblatt des historischen Vereins Ingolstadt. 125 (2016), p. 95-110 (allemand).
  • Kurt Scheuerer: Tongranaten aus dem Schlossgraben (Stadtmuseum Ingolstadt)
  • Festungsstadt Ingolstadt. Reportage télévisé sur BR3 Rundschau de 15.03.2017 (allemand)

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